Avez-vous l’impression d’être attendu au tournant pour ce trentième anniversaire ?
Non, car on va éviter la commémoration. J’avais déjà fait une grande fête pour le vingt-cinquième anniversaire. Cette année, il y a beaucoup de nouveaux artistes à présenter, dans tous les styles. Avec une prédilection pour des choses un peu étranges et hors normes, possédant une véritable énergie. Et puis, année de la présidence européenne oblige, la majorité des artistes vient de l’Union : une vingtaine de pays sur un total d’une trentaine de nations.
N’est-ce pas difficile d’être seul en charge d’une telle programmation ?
Non, ce n’est pas une pression énorme. La programmation se construit relativement facilement : je reçois beaucoup de disques, furète sur MySpace, suis conseillé par mes amis. Je me rends dans quelques festivals où jouent des groupes qui m’interpellent. Cage The Elephant ou Autokratz m’ont mis de belles claques sur scène ! J’attends avec impatience Professor
Murder. Mais je découvrirai la majorité avec le public, en décembre. Si j’avais tout vu, je m’ennuierais, ferais peut-être l’impasse sur certains.
Vous inspirez-vous d’autres festivals, pour l’organisation des Trans Musicales ?
Pas vraiment. Je pense au festival mancunien In The City : on déambule dans les bars de la ville, où des centaines de groupes enchaînent des sets de quarante minutes. C’est intéressant, mais c’est un peu l’usine, il n’y a pas de balances, par exemple. Aux Trans Musicales, on conserve cette impression de voyage : la journée est axée sur le centre-ville, on se balade de la Cité à l’Ubu en passan par le 4Bis. Le soir, on a le choix entre les Bars en Trans (le festival Off) et le Parc Expo où, d’une scène à l’autre, le voyage continue.
Cette programmation avec peu de « grands noms » est-elle un choix délibéré ?
Tout à fait. Le public et les professionnels viennent pour la nouveauté et me remercient fréquemment pour cela. Je privilégie la découverte pure, et signe souvent des clauses d’exclusivité avec les artistes. Je tiens également à ce que tout le monde, célèbre ou non, soit logé à la même enseigne. The Residents aura la même qualité sonore que The Popopopops Ces derniers sont des lycéens avec une pêche formidable qui tenaient à la grande scène. À l’inverse, les Caennais de Gablé préfèrent l’ambiance intimiste de l’Ubu.
Hormis les concerts, quelles sont les autres réjouissances proposées aux festivaliers ?
Des démonstrations de danse hip-hop, comme depuis quelques années. Mais aussi des rétrospectives cinématographiques dans divers cinémas. Des conférences consacrées à un état des lieux de la musique en Europe. Sans oublier les Vjs, qui ont une place de choix durant les prestations des Djs.
En quoi consiste cette résidence offerte Yann Tiersen ?
Durant quatre soirs, Yann Tiersen jouera avec Orka, un groupe venu des Îles Féroé situées entre l’écosse et l’Islande. Ce collectif ne joue que sur des instruments fabriqués par son leader, un fils de fermier multi-instrumentiste bricoleur nommé Jens Thomsen. Le clavier est construit à partir d’une machine à mettre du lait en bouteille dans laquelle on fait passer du gaz, le charley est un pistolet à gaz, c’est vraiment incroyable ! Lors d’un concert d’Animal Collective, j’en ai touché deux mots à Yann, qui fut immédiatement intéressé. Pour la préparation de cette résidence, Tiersen et Orka vivront ensemble pendant une semaine, afin de composer. Jens a même fabriqué un nouvel instrument spécialement pour Yann. Immanquable.
Propos recueilli par Thibaut Allemand












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