Une question très simple : quel genre de musique faites vous ?
Alors une réponse simple ! Nous trouvons des beats pour faire danser les gens et partager une émotion. On pourrait considérer que notre musique est une combinaison de jazz, de funk et de soul avec une influence hip hop évidente. Mais notre style a évolué au fur et à mesure des années. Nous sommes toujours à la recherche des nouvelles rencontres, de fusions.
Comment est né le son Herbaliser ?
Nous venons chacun d’univers très différents. Jeune, Andrew jouait de la flûte traversière et s’est tourné vers le jazz tout en trafiquant les ordinateurs de l’époque pour trouver des beats electro. Ollie ne jouait pas d’instruments, contrairement à nous autres. Il écoutait les vinyles de ses parents et les mixait sur ses platines. Matt a commencé par écouter son père jouer de la guitare et à s’intéresser à Chuck Berry, Jimmy Smith, de la soul et du funk. Nous étions tous fondus de musique des années 60/70, tout en étant branchés sur les sonorités électroniques en pleine explosion. C’était le début des années 90. Quand on s’est rencontré, on a tout de suite compris que ça pouvait marcher entre nous.
A propos de funk, parlez de nous de votre rencontre avec Jessica Darling. Elle semble être bien plus qu’une simple invitée ?
C’est Andy qui nous l’a présenté. Elle vient d’une famille de musicien. Nous avons fait quelques essais, très concluants. On ne cherchait pas forcement une leader, plutôt des collaborations mais cette rencontre a beaucoup influencé le ton de l’album. Elle donne une dimension beaucoup plus funk à notre musique et une fraîcheur qui collait bien avec les nouvelles idées de Ollie. Elle fait désormais partie du groupe. Nous avions des retours de la part du public comme quoi nous faisions toujours la même chose. Cet album est un défi pour nous.
Le titre de ce disque Same as it never was évoque justement cette évolution ?
Effectivement, il insiste vraiment sur ce tournant, nous voulions marquer le coup. L’intérêt c’est aussi de surprendre le public et de bouleverser nos habitudes. La collaboration avec Jessica a profondément changé notre manière de travailler. Le groupe n’est plus seulement celui de Ollie et Jake, chacun s’est énormément investi. Nous avons aussi changé de manager et de label en signant avec les allemands de K7!. Aprés tant d’années chez le même label, c’est un peu une révolution pour nous.
Il y a eu des mésententes avec Ninja Tune ?
Non et nous leur sommes très reconnaissant de tout ce qu’ils ont fait pour nous pendant presque 15 ans. Nous voulions tout changer et le label en faisait partie. Chez Ninja Tune, notre image serait restée la même. Cela restera une expérience très enrichissante, un tremplin qui nous a permis d’explorer de nouvelles dimensions, d’avoir l’opportunité et la chance de collaborer avec des artistes internationaux, de prendre des risques. Nous étions le seul groupe à avoir des instruments en live. C’était ce que la scène européenne demandait. Dès nos premiers concerts, nous avons eu un succès auquel on ne s’attendait pas.
Que pensez vous de l’actuel revival soul et des succès comme celui d’Amy Winehouse ?
Nous n’avons rien à voir avec Amy Winehouse. Le marché de la musique va et vient et on a l’habitude d’être spectateur de ce genre de mode en Angleterre. Nous ne considérons pas faire partie de cette mouvance. énormément de formations jouaient cette musique avant que les majors s’y intéressent. Nous répondons beaucoup à cette question en ce moment et c’est difficile d’avoir un point de vue objectif pour nous qui gravitons dans ce milieu depuis tant d’années. On va dire que c’est un bonus pour ceux qui triment depuis des années et peuvent bénéficier aujourd’hui d’une plus large exposition.
Avec votre nouvelle configuration groupe/chanteuse, vous pensez pouvoir profiter de cette vague ?
Nous ne sommes pas dans ce genre de calcul. Comme tant d’autres, nous faisions cette musique bien avant que ce style revienne sur le devant de la scène. Après, si cela créée de la curiosité et que cela pousse un nouveau public à s’intéresser à nous, tant mieux. Nous cherchions une voix mais nous ne voulions pas suivre la mouvance indie-pop. Jessica nous semble être la personne idéale, elle correspond à notre sensibilité et la partage bien évidemment. Mais nous avons toujours fait beaucoup de featuring, c’est la base du projet Herbaliser et nous n’avons pas l’intention de nous arrêter là .
Ne craignez vous pas de dérouter votre public avec cette nouvelle formule ?
On fait confiance à l’ouverture du public. C’est surtout pour Jessica que le pari était osé. Il a fallu qu’elle s’intégre à notre fonctionnment, à un vieux groupe de potes avec ses habitudes et qu’elle parvienne à séduire notre public en concert. Je n’étais pas sur que ça le fasse. D’autant qu’avant, Herbaliser avait une identité beaucoup plus marquée dans un hip hop traditionnel. Mais nous pensons que le hip hop puise ses influences dans le funk et la soul, la marche arrière est naturelle. Nous avons l’impression d’avoir fait murir cette direction pendant des années et que le moment est venu de nous lacher dans ce côté organique, orchestré, chanté, collectif. Jessica nous apporte une sorte de balance, une sensualité, un équilibre, c’est très stimulant. Au public maintenant d’en juger. Pour l’instant ça fonctionne, surtout en France !
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