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Nneka : Never too young to be strong (interview)


Nneka


Heureuse surprise que de trouver Nneka dans la programmation du Tourcoing Jazz festival. Cette fougueuse Nigériane illustre l’ouverture sur le monde, revendiquée par les organisateurs. Elle s’est découverte musicalement suite à un exil forcé vers l’Allemagne. Au son du hip-hop, du reggae, de la soul et d’influences afrobeat, elle ne mâche pas ses mots pour parler de l’Afrique, son Afrique, qu’elle aime autant qu’on la blesse.

Vous êtes-vous sentie coupable en quittant le Nigéria à 19 ans ?

Non, car ce n’était pas un choix, des raisons personnelles ont imposé ce départ. L’Allemagne était le seul endroit où je pouvais aller. Paradoxalement, j’ai beaucoup appris sur mon propre pays en vivant ici. Je suis devenue plus Africaine. Aujourd’hui, je partage mon temps entre ces deux terres et cela me donne plus de pouvoir pour parler du Nigéria.

 

Quels sont vos premiers souvenirs de l’Allemagne ?

L’aéroport, le climat, la langue, les transports, le bouton à presser pour pouvoir descendre du bus ! Tout était tellement parfait que je me demandais si on n’y perdait pas en authenticité. Les gens étaient prévenants mais ne cherchaient pas à savoir qui j’étais. On ne discutait pas, ils ne me regardaient même pas. Je ne comprenais pas cette attitude et j’en souffrais. J’étais souvent seule. Avec le temps, j’ai pris du recul et j’accepte cette communauté telle qu’elle est.

 

Qu’est ce qui vous choque en Europe ?

D’abord, le gâchis de nourriture et d’eau. On n’a pas besoin d’aller à la source pour avoir de l’eau fraîche ici ! Les personnes qui vivent sur les aides d’état alors qu’ils n’en ont pas besoin, les enfants qui se fichent d’aller à l’école préférant faire du fric rapidement en vendant de la drogue, les noirs qui utilisent leur couleur de peau pour justifier tous leurs maux, cela me révolte aussi. À ces derniers, je rappelle qu’être noir n’empêche rien car des tas de noirs ont réussi !

 

D’où vous vient la musique ?

Je n’ai jamais eu l’ambition de vivre de la musique avant de quitter mon pays. D’ailleurs, si j’écoutais Fela, King Sunny Ade, du Gospel africain ou de la musique occidentale, je chantais très peu. Mais la solitude des débuts en Allemagne, puis la rencontre d’autres étrangers, sans abris et ne parlant pas allemand m’ont appris à me connaître. En comparant nos situations, j’ai réalisé que ma place n’était pas la pire. J’ai commencé à m’ouvrir, à faire preuve de créativité, la musique s’est alors imposée à moi.

 

Vous déclarez avoir été amenée à Yo Mama Records par Dieu. Influence-t-il
votre carrière ?

Pour moi, Dieu est partout, même dans cette conversation. J’ai conscience que tout cela n’est pas arrivé grâce à mon seul pouvoir. Il y a toujours quelque chose de spirituel qui nous guide.

 

Quel est le message de votre album ?

Il s’appuie à la fois sur mon expérience et sur ce que je pense être juste. Je parle de mes erreurs et de mon hypocrisie, des défauts que je partage avec le reste du monde. Du jour au lendemain on peut tous passer de l’amour à la haine. J’ai été également inspirée par les problèmes de l’Afrique, notamment la corruption. Je chante ce que les gens pensent mais n’osent jamais dire.

 

Allez-vous chanter au Nigéria ?

Bien-sûr ! J’ai un groupe qui tourne avec moi là-bas. Malheureusement je ne peux pas le faire venir ici pour des raisons administratives. Quand je pars jouer dans mon pays, je m’occupe de tout. L’argent que je gagne ici, je l’utilise pour jouer ma musique au Nigéria.

 

Quelles sont les réactions à vos textes engagés là-bas ?

Je choisis souvent de me produire dans des lieux où se trouvent ceux qui corrompent le pays. J’ai besoin de dénoncer ce qu’ils font en face d’eux. Quand certains viennent me voir et cherchent le conflit, je discute. Néanmoins, certaines discussions ne valent même pas la peine d’être entamées car elles sont sans issue.

 

Audrey Chauveau

07 octobre 2008

L'artiste associé
Nneka

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