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Raul Paz : Volver a casa


Raul Paz


L’artiste cubain le plus pop de sa génération est en tournée. Il présente son premier album live, enregistré à Cuba où il n’avait pas pu jouer depuis 15 ans. Rencontre avec un homme de scène inépuisable !
> 1er DVD live, 1er best-of, 1ère tournée à Cuba… Pourquoi toutes ces sorties, et maintenant ?
Je crois beaucoup que les choses arrivent quand elles doivent arriver. Ca fait longtemps qu’on souhaitait réaliser un DVD et encore plus longtemps que je voulais jouer à Cuba, où j’étais interdit. Secrètement j’espérais que l’autorisation de me rendre à Cuba coïnciderait avec la concrétisation du projet du DVD… Et c’est ce qui s’est passé ! C’est à ce moment qu’est né le concept du best-of regroupant 15 ans de carrière.

> Pourquoi étais-tu interdit à Cuba ?

Disons à cause de la connerie humaine. J’étais tricard simplement parce que j’ai quitté le pays. C’est une décision absurde qui a eu des incidences même après la levée de cette interdiction. La loi permet de dresser une liste de personnes indésirables, sans aucune perspective de réintégration! J’ai donc été confronté à deux ans de paperasseries, de visites à l’ambassade, bref une entreprise quasi diplomatique pour réussir à jouer dans mon pays alors même que j’y étais invité ! Malgré cela, je n’ai jamais voulu entrer dans le débat stérile qui consiste à être radicalement pour ou contre l’administration cubaine. D’ailleurs, de plus en plus de Cubains contestent l’existence de cette liste noire.

> Qu’as-tu ressenti en apprenant que tu pouvais retourner à Cuba ?
C’était un rêve qui se réalisait et pourtant, une fois les billets d’avion en mains, j’ai eu très peur ! Je suis plutôt sûr de moi en général et là j’étais pétrifié ! Je me suis dit : merde, il vaudrait peut-être mieux ne pas y aller. J’avais passé des mois à convaincre tout le monde, on avait investi de l’argent, le moment était enfin venu et je flippais ! En fait, je réalisais que durant toutes ces années, j’avais endossé, malgré moi, le rôle d’ambassadeur de Cuba en France ! Je suis Cubain alors c’est comme si Cuba était inscrit sur mon front ! Et si certains me surnomment ici « le plus Cubain des Parisiens » ou « le plus Parisien des Cubains », d’autres, notamment les journalistes, n’ont jamais oublié de me rappeler que dans mon propre pays on ne me connaissait pas ! En plus, ma musique étant un métissage de toutes mes expériences vécues aux Etats-Unis, en Amérique Latine ou en Europe, je ne savais pas si les Cubains accepteraient la façon dont je représente notre pays, s’ils me considéreraient comme un des leurs !

> Comment s’est passé le 1er concert à La Havane?
Il y a eu des problèmes en tous genres ! Une panne d’électricité a repoussé le début du concert d’une heure, la climatisation est tombée en panne bien avant le spectacle et il faisait 45 degrés dans la salle ! Sans compter tous les problèmes d’organisation ! Mais, on s’y attendait. De mon côté, j’étais dans un état inhabituel. Avant de monter sur scène j’étais tellement inquiet qu’il a presque fallu me pousser ! Je ne savais pas ce que j’allais retrouver et ça me faisait peur ! Les Cubains sont un public exigeant qui écoute énormément de musique, qui parle la même langue que moi. Je n’avais donc pas droit à l’erreur ! Et puis je me suis lancé. Tout de suite j’ai vu dans leurs yeux que je faisais partie de la famille, que j’étais accepté. Il y avait des personnes de tous âges, tout le monde était debout et chantait, personne ne voulait partir. A un moment moi-même je n’en pouvais plus, j’ai demandé s’ils voulaient que je reste et ils ont répondu oui ! J’étais conquis, ému, et les 2h30 se sont déroulées ainsi, malgré la chaleur. C’était l’osmose ! C’était un grand moment, pour tous : public, musiciens et les techniciens qui avaient tellement galéré ! Nous avions tous besoin de vérifier que c’était possible. Malgré l’exil, on reste des frères qui partagent la même culture. Les différences cultivées pendant des années entre les gens qui partent et ceux qui restent n’existent pas. Le plus étonnant c’est que l’histoire continue. Depuis, je suis retourné à Cuba où j’ai été invité pour un festival de cinéma. Je suis passé d’artiste inconnu à l’artiste à la mode en ce moment.

> Es-tu considéré comme un exemple de réussite cubaine, même si ton succès a démarré en dehors du pays ?

Je préfère le voir comme un symbole de réconciliation. Dans l’inconscient collectif et surtout celui de la jeunesse, l’idée qu’il faut être plus tolérant les uns avec les autres est en train de faire son chemin. Aujourd’hui, on me permet de dire des choses à Cuba que les Cubains ne peuvent pas dire.

> Comment a évolué ton regard sur Cuba depuis que tu es parti ?
Quand j’ai quitté le pays, j’avais 20 ans. Comme tous les gamins de cet âge je me disais : j’en ai marre, je m’en vais ! On trouve toujours de mauvaises raisons à cet âge-là, quel que soit le pays… C’est facile de dire d’ici : avec tous les problèmes à Cuba, pourquoi les gens ne se rebellent pas ? Forcément, on nous interdisait de voir ce qu’il y avait au-delà des frontières, on n’avait donc pas de repère. J’ai eu énormément de chance de pouvoir partir. Ceci dit, une fois que j’ai découvert le monde extérieur, j’avais du mal à parler objectivement de Cuba puisque pendant 15 ans je n’étais pas directement confronté à la réalité ! Le pays est en constante évolution et ce qui importe maintenant c’est l’avenir. Le passé, ça ne m’intéresse pas !

> Quel est le bilan de cette expérience liée au DVD et à Cuba ?

Ce disque c’est un pont lancé entre La Havane et Paris. J’ai la chance de vivre entre les deux et suis conscient d’être privilégié. Je ne suis pas seulement un artiste cubain. Je suis aussi un peu français, citoyen du monde. Avec ce DVD à Cuba une boucle est bouclée sur la première période de ma vie artistique. J’ai enfin obtenu la reconnaissance des Cubains. Il me fallait ce certificat pour passer à l’étape suivante ! Alors aujourd’hui je l’ai et je débute un nouveau cycle. Je ne fais et ne ferai plus de la musique de la même manière qu’avant.

Propos receuillis par Audrey Chauveau
06 juin 2008

L'artiste associé
Raul Paz

Les commentaires

le jeudi 05 juin 2008 à 11:56 Marion a dit
Raul Paz : beau ressenti
C est super interessant d avoir le ressenti de Raul Paz sur Cuba, un pays un peu a part en amerique latine. quelle belle evolution artistique, merci de nous la faire partager !
Répondre à ce commentaire
le jeudi 12 juin 2008 à 19:35 kant123 a dit
Terrible
A voir absolument en concert !
J'l'ai découvert l'année dernière sur scène, il assure à max !!
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