Camille : Human music
Camille prouve qu’on peut être une chanteuse à prénom et avoir un nom propre. Après un Fil organique et un récent Music Hole anglophone, la parisienne s’apprête à embellir l’été des festivals de ses facéties vocales. Sa performance scénique s’annonce forcément aquatique, sûrement harmonique, probablement tellurique.
Dans la valse des vocalistes qui cherchent à nous faire plier le charme en deux (ou quatre), Le Fil, il y a une paire d’année, avait corrigé nos mauvaises manières, cette irrépressible envie de casser (en huit) les chanteuses françaises marketées. Hâtivement comparée à Björk en raison de son indéfinissable appétit harmonique, Camille s’était adjugée aisément la carte gold de l’originalité. Maligne, elle poursuit sa marche sur cette corde organique et onirique, un pas dans l’improvisation, un autre dans la maîtrise du verbe, des mots, du sens, des sons, du bruit. Mais la dame cultive l’art du parasitage. Experte en pirouette, refusant de parler d’autre chose que de sa musique, dérapant dans des directs où son désir de remuer les messes cathodiques tourne parfois à la pitrerie situationniste, Camille ne plait pas à tout le monde. C’est aussi pour ça qu’elle nous plait.
Sans fil(et).
Quand on choisit la fibre somatique - hululements, claps de mains et autres percussions du thorax - la scène n’est plus seulement le territoire d’une version vivante d’un disque mais un terrain de jeu sans ligne ou surface de réparation. Dans l’exercice, Camille excelle. Entourée, entre autres, de Majiker, avec qui elle a produit le difficile mais superbe Music Hole, de Sly de Saïan Supa Crew et d’Ezra, nouvelle recrue et surdoué de la mécanique buccale du human beatbox, son vibrant spectacle s’affine depuis quelques mois. Nul doute qu’il devrait accoster dans nos festivals d'été à la vitesse d’une croisière forcement amusante.
Ludovic Deleu
18 juin 2008
L'artiste associé
Camille