"Quand je suis arrivé d'Afrique, à 10 ans, j'avais une passion, écrire. J'écrivais déjà des petits poèmes, je m'amusais avec mon père, je les suis lisais, il m'encourageait et ainsi de suite. Ça, c'est la base. Et puis en arrivant ici, j'ai découvert le hiphop, Afrika Bambataa, Public Enemy, les vieux trucs style EPMD dont personne ne se souvient... (rires) Alors je me suis dit: "Quelle merveilleuse façon de dire des textes !!!" (rires). Je me suis donc mis au hiphop (n.d.r. avec notamment un splitmaxi signé Korbo et produit par Boss Phobie), mais petit à petit j'ai ressenti un manque dans cette musique. Ça tournait en France à la pâle copie de rap américain, il n'y avait pas le background culturel derrière pour faire péter cette musique, c'était faussement authentique. J'aimais certains trucs du Ministère A.M.E.R., les premiers NTM, plus axés texte, mais j'ai décroché quand j'ai vu que tout cela virait au commercial."
"Et puis j'ai rencontré Serge (Serge Amiano, producteur de Fanga, leur Georges Martin). Il bossait avec Boss Phobie et c'était un furieux qui était à fond dans la culture rap depuis le départ. Il a vu tous les gars en concert à leurs débuts, il s'amusait à faire du passe-passe avec des vieilles cassettes à bande magnétique, le bon vieux bricolage, quoi !!! (rires). À l'époque, Boss Phobie mélangeait déjà son rap à des sonorités arabisantes, et lui voulait pousser le bouchon et aller chercher d'autres cultures, d'autres influences à injecter dans la prod'. Moi, j'ai grandi avec la musique africaine, mon père avait une boîte de nuit, j'ai bouffé de l'afrobeat, évidemment, mais aussi du vieux funk du Ghana, plein de choses comme cela. Alors Serge m'a proposé de bosser sur un projet hiphop-afrobeat, ce que l'on a commencé à faire. Et là , petit à petit, je me suis senti encore à l'étroit. Comme on n'avait pas de groupe, on bossait avec des bandes, on montait sur scène, on pressait "play" et c'était parti. Le cadre était super rigide, l'interaction avec le public, complètement calculée. Et ça ne me plaisait pas trop."
"On a alors commencé à rajouter des percus, une guitare, un clavier... Et on a fini par avoir la formation de base du groupe, qui s'appelait à l'époque Afrofanga et qui sonnait bien électro encore. On a fait un premier CD, "Afrokaliptik", on a pris notre temps, histoire de digérer l'expérience et on arrive à "Natural Juice". Ce sont des morceaux que l'on a pas mal joué sur scène. On les connait bien, du coup, ça nous a permis de les bosser différemment en studio, d'inviter quelques cuivres de plus pour faire péter les chorus, de travailler les arrangements... C'est vraiment Serge qui insuffle l'énergie créatrice à tout le groupe. Il arrive avec une idée de morceau, il nous la refile, chacun va bosser dans son coin, on se rejoint et on refait tout le bloc. Et si ça ne va pas, et bien tant pis (rires)."
"Comme le processus de création avec le groupe est plutôt long, ça me laisse le temps d'emmagasiner des idées de textes, des bouts de phrases, des mots. Je regarde autour de moi, je pioche dans l'actualité et quand un plan se dégage en répét', je le creuse et là , en revanche, ça peut aller très vite. Mes textes parlent souvent des comportements humains, de ce que l'on peut ressentir et de comment l'on réagit face à certaines situations. Un texte comme "Akli Hélé", qui veut dire "Ouvrir l'esprit", parle de ces émotions que j'ai ressenti à la naissance de mon fils. "Natural Juice", le morceau, parle lui de ces masques que tout le monde se met en société. Un masque pour le boulot, un masque pour ta femme, un masque pour tes amis, un masque pour tes parents... À la fin, on peut se demander qui on est vraiment".
"Et puis il y a la scène. Ce qui m'intéresse dans l'afrobeat, c'est la transe. Le public en France est encore assez frileux, les gens connaissent mal l'afrobeat, certains s'attendent à entendre du jazz, d'autres de la musique trad'... Mais généralement, une fois qu'ils sont dedans, ça se passe plutôt bien, je les vois en train de danser, transportés. Alors quand c'est comme cela, on laisse tourner le morceau, histoire de faire durer le plaisir. Et c'est la transe, sur scène comme dans la fosse. (rires). Tu as évidemment les chorus qui partent, mais moi aussi, je me sens libre. Je lâche un couplet et si je veux, je le fais durer, je pars sur autre chose. Certaines scènes sont d'ailleurs assez contraignantes, notamment sur les festivals où tu dois jouer un set précis et chronométré. Cela implique d'avoir une petite horloge dans la tête. Alors au bout de trois-quatre morceaux, je me retourne et je demande au groupe où on en est, s'il reste encore du temps. Mais ça nous arrive encore de déraper !!! (rires)."
Raison de plus de se balader à Sète toute la semaine prochaine puisque, outre la soirée en compagnie de Johnny Clegg (dont on se bornera à rappeler la bonne volonté et l'enthousiasme à une période charnière de l'Histoire, celle de la fin de l'apartheid), Fanga se produira en after de la soirée afrobeat du jeudi soir. Et là , ce sera l'occasion (on l'espère) de les voir déraper. Cooljazz !!!
.jpg_80.jpg)

.jpg_80.jpg)

