Il n’est plus l’heure de juger les Groundation comme un cas à part. On le sait, ils se sont connectés en Amérique, appliquent les recettes du contretemps caribéen avec un beau savoir faire et cartonnent depuis une décennie, trustant l’audience des vieux briscards jamaïcains pour la réduire à peau de chagrin. Alors Groundation, vrai bon groupe de reggae ou combo exécutif à l’esprit mimétique ? A l’écoute de Here I Am, sixième album qui sort ce mois de juin, ces questions se posent. Si on ne reprochera pas à l’auditeur distrait de confondre ce dernier essai avec les cinq premiers, une anomalie pourrait perturber le plaisir des amateurs de chaloupes aromatisées.
Groupe hors des circuits commerciaux, il n’avait jusqu’alors que peu ouvert ses micros aux invitations vocales. Mais à l’écoute de ses nouvelles pistes menées par les falsettos des Congos ou la verve de "Sticky" Thompson et de Pablo Moses, sans parler de belles tranches d’instrumentaux jazzy, ce nouvel équilibre dérègle la machine. De plus en plus répétitif, nasillard, et malgré tout le respect qu’il mérite, il nous prend une franche envie de pousser le leader Harrison Stafford en fond de scène, à côté des amplis mais loin du micro. Oui, ce n’est pas gentil pour lui mais, désolé, on entend ici que Groundation est le meilleur groupe de reggae du monde quand il orchestre ses pairs.
Ludovic Deleu
.jpg_80.jpg)

.jpg_80.jpg)

