Cette année, c’est encore plus radical » convient Sabine. « ça fera peut-être grincer des dents… On le revendique : le festival est construit comme un spectacle, qui évolue avec nos envies. Comme toujours, c’est une programmation qui est très subjective. » Et c’est ainsi qu’on retrouve les incontournables Ellen Allien, Radio Slave ou Matthus Raman: « Et pourquoi pas ? On les aime toujours ! ». Ou que Sei A, petit nouveau à la house légèrement vénéneuse, jouera deux fois. On trouve aussi des groupes plus pop (The Cocknbullkid), plus groovy (Guillaume and the Coutu Dumonts) ou plus sexe (Buraka Som Sistema) : Art Point M veut élargir ses horizons, sans se renier. Une volonté qui se retrouve aussi dans le choix de l’exposition 24 décembre 1957 : partant de son histoire familiale, F anny Bouyagui, chefe de la tribu Art Point M, s’interroge sur le départ en recouvrant une des halles de la gare Saint Sauveur de Post-It, pixels de papier.
Pas cher mais pas cheap
« La gare Saint Sauveur, c’est vraiment le lieu qu’on attendait à Lille : un endroit où tu peux installer de la photo, de la vidéo, où tu peux mettre du son en intérieur et en extérieur, et où tu peux boire un verre ! ». Et pourquoi ne pas boire ce verre en écoutant le philosophe Yves Michaud discuter du corps contemporain ? « Les masterclasses, formation à l’utilisation de logiciels de montage audio, sont aussi très bien : elles sont de plus en plus suivies, et deviennent de véritables ateliers artistiques. En plus, ce sont des formations qui coûtent normalement très cher, et que nous offrons à une somme modique ». Une politique tarifaire qui s’applique à l’ensemble du festival : « Nous avons eu une baisse de budget, mais nous avons gardé les mêmes prix. Nous estimons que nous devons être un service public de culture ». S’il y a moins d’installations multimédia, c’est à cause de cette baisse des crédits ? « Non, c’est une volonté : nous voulions passer à autre chose que le ludique interactif, porter un message. Mais l’année prochaine, ce sera peutêtre complètement différent… » /
Une esthéticienne bio, un fleuriste, un restaurateur ou un philosophe de l’art contemporain qui décident de s’associer à un festival électronique, c’est tout de même intrigant. Nous leur avons demandé pourquoi.
> Brigitte, patronne du salon de beauté bio Reflet du soleil : « L’homme est un microcosme dans le macrocosme : chacun est un univers en soi, et autrui est une partie de cet univers. L’autre, c’est un enrichissement. Et Art Point M, que j’aime beaucoup, m’ouvre à quelque chose que je ne connais pas : c’est un cadeau, que je voulais rendre. C’est une porte ouverte au mouvement de la vie, et c’est ce qui est drôle. Vous, vous aimez la musique électronique ? Ca vous fait vibrer, ça vous transporte ? Venez faire un soin, vous verrez bien s’il y a un lien ». Le lien, c’est qu’on sort de là épuisé, ravi et serein, comme après une nuit de clubbing.
> Hervé, patron du magasin de fleurs Green : « Parce que j’aime bien cette bande de fous ! Je crois qu’ils m’aiment bien aussi, pour ma démarche et ma boutique atypique. J’ai envie de m’associer à leur action : chaque année, je relève le défi et je crée une composition liée à leur programmation. »
> Benoit, patron de la brasserie Les Moules : « Je suis un passionné de longue date de l’électro, et j’ai souvent croisé l’équipe Art Point M dans des festivals : je les trouve adorables. Ils auraient pu choisir de s’associer à un restau branché qui aurait fait de la cuisine moléculaire : je suis flatté qu’ils aient préféré une brasserie familiale et traditionnelle, représentative de la culture du Nord. Un crossover inhabituel qui leur correspond bien. »
> Yves Michaud, philosophe de l’art contemporain : Sabine Duthoît l’a contacté en 2007. « Elle m’a parlé de musique électronique, et du rapport qu’elle voyait entre ce que j’avais écrit sur l’état gazeux de l’art contemporain* et la musique aujourd’hui. Sur beaucoup de sujets, je trouvais des convergences : la musique comme expérience totale, le plaisir et le renouveau de l’hédonisme, la diffusion des valeurs esthétiques là où on ne les attendait pas : les odeurs, la création culinaire, le design sonore des espaces… J’ai vu l’occasion d’apprendre à travers de nouvelles expériences. Je trouvais aussi excitant de croiser réflexion et pratique musicale de jeunes a priori pas tellement branchés sur la « théorie ». Cette année, il va être question de l’engineering du corps, du dopage et des augmentations corporelles. C’est aussi un sujet qui m’intéresse dans ma réflexion sur la culture contemporaine. Je suis un invétéré « discuteur », et mon rêve serait que l’on puisse étroitement mêler réflexion et consommation musicale. »
* L'art à l'état gazeux, Paris, Hachette pluriel, 2007
Le Pass de Plus2festival
> Thecocknbullkid : en un seul mot et sans espace, s’il vous plaît. Anita Blay aime quand ça danse, et ne recule devant aucun crossover pour ça : pop, r’n’b, et gros beats électroniques. Un choix (agréablement) surprenant pour le NAME. Live, Lille, Tri Postal, 19.09, 23h30.
> Super Flu : un nom pareil en pleine pandémie grippale, ce serait insolent si ces deux-là étaient anglophones (« super rhume »). Mais ils sont Allemands, et bien qu’on flaire chez eux un sens certain de la grosse blague, on va supposer qu’ils ne l’ont pas fait exprès. Ce qu’ils font exprès, en revanche, c’est une techno dépouillée, voire sèche, et qui n’en est que plus entraînante. Live, Dunkerque, Kuursaal, 26.09, 00h.
> Michael Mayer : finie la déconnade. Pour son dernier album, avec son copain Superpitcher, il portait les collants et la cape du superhéros. Mais ça tient chaud et ça gratte, alors voilà le patron du label Kompakt revenu au T-shirt informe et moite de Dj mélodieusement minimal. Dj set, Lille, Tri Postal, 19.09, 00h30.
> Guillaume and the Coutu Dumonts : c’est à la fois un nom qui claque et tout un programme, puisque ce groupe canadien est composé de « Guillaume Coutu Dumont et toute sa pluralité », dixit son myspace. Une pluralité qui comprend sens du fun, afro-beat, house et esprit groove, ce qui n’est pas rien. Live, Lille, Tri Postal, 18.09, 3h.
> Buraka Som Sistema : imaginons que vous soyez un zombie épileptique ancien fan de jerk : vous danseriez le kuduro avec la plus grande facilité. Mais vous n’êtes pas ce zombie, et vous allez devoir transpirez des litres pour briller sur cette espèce de house dancehall venue d’Angola, qui connaît un succès mondial depuis que le groupe Buraka Som Sistema a pris le micro. Live, Lille, Tri Postal, 18.09, 1h.
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